Sermon de saint Bonaventure sur saint François d'Assise
Frère Joseph de Almeida Monteiro op
En cette année de l’anniversaire de la mort de saint François d’Assise, le 3 octobre 1226, il est bon de rappeler ici comment saint Bonaventure, franciscain et docteur de l’Église a défini le portrait spirituel de son fondateur pour la postérité. Sa prise de position a eu un poids considérable, voire excessif. On sent dans ses paroles une volonté de faire taire toute contestation et/ ou division au sein du nouvel Ordre franciscain naissant. De plus le caractère inédit des stigmates de saint François nourrira abondamment son argumentation. D’où l’insistance sur des termes tels que merveilleux, signes et enfin miracle. Voici un extrait significatif du Sermon de saint Bonaventure, rédigé en 1255 :
« Il a en effet plu à Dieu d’authentifier et de confirmer la doctrine et la règle de ce saint par les sceaux non seulement des miracles, mais aussi de ses stigmates, afin que personne qui pense sainement sur la foi ne puisse aller contre la raison, ni au-dehors ni au-dedans. Il a plu à la divine piété d’apposer sa bulle à la Règle et à la doctrine de François, car lui-même n’a rien osé enseigner ni écrire qu’il n’ait reçu du Seigneur. En effet, comme il a en lui-même témoigné, il avait appris toute la Règle par révélation et c’est pourquoi, comme il est de coutume pour le souverain pontife de confirmer ses lettres par sa bulle, de même le Christ, reconnaissant que la Règle de François était sienne, a apposé la bulle de ses sceaux ; grâce à celle-ci, il a confirmé de manière irréfutable la doctrine de François. Ou du moins, parce que la doctrine de François ne pouvait tirer de lui-même sa fermeté auprès des hommes - puisque, comme il est naturel, le marchand illettré n’avait pas été un docteur lettré, de peur que quelqu’un parmi les sages n’ose tenir pour peu de chose sa doctrine ou sa Règle comme celle d’un homme ignorant, il a plu à Dieu de les confirmer par des signes évidents à la façon d’une bulle supercéleste et merveilleuse. En quoi il apparaît que la hauteur du conseil divin doit être merveilleusement admirée, elle que le Christ insinue au début de cet Évangile lorsqu’il dit : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux savants et aux sages et que tu les as révélées aux tout-petits. Qui est « tout petit » sinon le bienheureux François, humble et méprisé, lui qui parmi les « tout petits », c’est-à-dire les Frères mineurs, tient le premier rang ?
Il est bien dur de cœur, celui qui doute que la doctrine et la Règle du bienheureux François, confirmée par de si grands signes, soit une route très droite pour parvenir à la vie, surtout lorsqu’il est établi par de multiples preuves que Dieu a, de manière merveilleuse, imprimée de tels signes en son corps : d’une part en raison de la pluralité des témoins, d’autre part en raison de l’autorité des témoins, d’autre part encore en raison de la sainteté des témoins. La pluralité des témoins engendre indubitablement la foi, car il y a de nombreux séculiers dignes de foi, plus d’une centaine, qui ont vu de leurs yeux ; et si toute parole doit trouver sa fermeté dans la bouche de deux ou trois témoins, combien plus dans la bouche d’une centaine. L’autorité de ceux qui portent témoignage fortifie incontestablement les esprits des croyants. Cela en effet est confirmé et approuvé par la curie romaine dont l’autorité est suprême sur les terres et, par l’autorité de celle-ci, ceux qui prêchent le contraire, de même qu’ils s’éloignent de la vérité, de même sont-ils à séparer de la communion des fidèles. La sainteté de ceux qui portent témoignage évacue de manière irréfutable tout doute, parce que les compagnons de François, hommes d’une remarquable sainteté, dont la vie est intègre et la sainteté est éclatante, ont affirmé, non pas en affirmant de manière tiède, mais de manière très certaine, avec la fermeté du serment, qu’ils avaient vu de leurs yeux et touché de leurs mains ces signes merveilleux.
Que le monde entier, pour un si grand don, rende donc grâce au Créateur très haut qui, par de tels sceaux en François, a daigné non seulement montrer le chemin de la vérité, mais même affermir de manière vraiment merveilleuse, quoique tout à fait rationnelle. De manière merveilleuse, si nous voulons porter nos regards sur les causes inférieures : ces signes, en effet ont été imprimés de manière insolite. Qui a jamais entendu dire que de si belles perles soient apparues dans le corps de quelqu’un ? C’était contre nature, parce que le côté était percé et rejetait un sang sacré ; et sans application de bandage, le saint de Dieu vivait et s’adonnait longuement à des travaux pénibles et ininterrompus. C’était au-dessus de tout artifice, car il n’avait pas les mains écorchées ou perforées, parce que cela peut être fait grâce à quelque instrument en fer ou en bois. Mais les clous avaient poussé dans la chair elle-même, car ils avaient la tête d’un côté et étaient recourbés de l’autre ; ils étaient séparés et distincts du reste de la chair dans les mains et dans les pieds de manière tellement merveilleuse qu’aucun des fidèles ne doit douter que de tels signes n’ont en aucune manière pu être imprimés autrement que par un miracle admirable ».
Texte présenté par le frère Joseph de Almeida Monteiro, op
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