Magnifica Humanitas: Une pensée dynamique
Dans le premier chapitre de son Encyclique, le pape Léon XIV retrace de manière synthétique le chemin par lequel la Doctrine sociale de l’Église a modelé le Magistère récent des papes et du concile Vatican II. La transformation engendrée par l’intelligence artificielle est une interpellation qui réveille et réclame un développement dans la fidélité à l’Évangile. Je veux ici parcourir les principaux axes de ce premier chapitre.
L’Église agit et exerce sa mission en imbrication avec les peuples et implique une responsabilité par rapport à la manière dont se tissent les relations sociales. Cela a été rappelé de manière exemplaire lors du concile Vatican II, dans la Constitution pastorale Gaudim et spes. L’Église se place aux côtés du monde sans s’y superposer. Une distinction s’est opérée soulignant les compétences entre la communauté ecclésiale et la communauté politique. L’Encyclique souligne que l’Église considère comme compagnons de route ceux qui cherchent sincèrement «la vérité, la bonté, la beauté » (nº 23). Et une confrontation avec ces savoirs n’affaiblit pas la force de l’Évangile. Cela permet au contraire de discerner avec plus de lucidité ce qui favorise réellement la vie des personnes et des communautés et l’Église reconnaît l’importance d’écouter la recherche scientifique et de favoriser un dialogue sérieux et loyal entre les chercheurs en accueillant la diversité des opinions (cf. nº 23).
C’est au travers de ce dialogue fécond que l’Église a progressivement approfondi sa Doctrine sociale de l’Église, bâtissant ainsi un patrimoine de sagesse. Ce patrimoine de sagesse doit éloigner l’Église de la tentation d’avoir recours à des formes de pouvoir (nº 25). Car la vérité n’est pas un territoire à défendre, mais un bien à partager. C’est une vérité qui ne craint pas la diversité, mais l’accueille et l’ordonne ; elle n’élimine pas les conflits mais les transfigure ; elle recompose ce que l’histoire tend à disperser (cf. nº 25). Cette attitude à proprement parler exprime la catholicité de l’Église qui englobe toute la famille humaine. Cela doit mettre en garde l’Église car il n’est pas réaliste, reconnaissait déjà le pape Paul VI, de penser que la Doctrine sociale de l’Église puisse proposer une réponse unique et valable pour tous les contextes (cf. nº 26). Cela crée une tension féconde entre l’universalité de la mission et l’enracinement local. La Doctrine sociale devient dans ce cadre surtout un chemin de discernement communautaire et peut devenir ainsi une théologie de la communion dans l’histoire.
Le pape Léon XIV montre ensuite l’évolution du magistère social depuis Léon XIII jusqu’à l’époque actuelle. Quelle sont les documents qui éclairent ceci et les éléments prédominants ? Le pape rappelle à juste titre que l’expression « Doctrine sociale de l’Église» a été employée pour la première fois par Pie XII en 1950, bien que le contenu ait commencé à être esquissé avec l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, qui elle date de 1891. De cette époque deux principes restent d’une grande actualité : la primauté du travail sur toute logique purement productive ou financière et le lien indissociable entre l’annonce évangélique et la recherche d’un ordre social plus juste (nº 30). Le pape mentionne l’importance en 1931 de l’encyclique Quadragesimo anno, promulguée par Pie XI, à une période de profonde crise économique mondiale. Un peu plus tard ce même pape dénonce les totalitarismes avec les encycliques Non abbiamo bisogno et Mit brennender Sorge. Son successeur, le pape Pie XII intervient en particulier au travers de nombreux messages radiophoniques en rappelant l’importance du droit naturel et la nécessité surtout dans ces années de guerre d’un État de droit.
Ces questions prendront une tournure mondiale dans les années 1960, à partir du pontificat de Jean XXIII, soulignant la vision unitaire de l’être humain. L’Encyclique Pacem in Terris est née dans ce contexte. Ce regard plus mondialisé suscite également une approche qui veut montrer la proximité de l’Église et c’est ainsi que se révèle la tonalité de la Constitution Gaudim et spes, issue du concile Vatican II. De même la déclaration issue de ce même concile, Dignitatis humane qui reconnaît l’importance de la liberté religieuse comme un droit fondamental enraciné dans la dignité de la personne.
La voix de l’Église ne cessera d’insister sur l’urgence de la paix, en insistant aussi sur l’humanisme intégral : ce sera Paul VI avec Populorum progressio. Cela concerne tout homme et tout l’homme (nº 35).
Ce premier chapitre s’achève en rappelant l’apport du magistère plus récent, notamment avec Jean-Paul II : ainsi l’encyclique Laborem exercens, face à la mondialisation économique et ses défis. Un de ses défis est le sous-développement lequel est dénoncé dans son autre encyclique : Sollicitudo rei socialis. Le pape Benoît XVI avec Caritas in veritate approfondit ces questions, toujours dans le contexte de la mondialisation, en critiquant la simple logique du marché et en insistant sur le bien commun, envers lequel la communauté politique porte une responsabilité propre et irremplaçable (nº 40). Avec le pape François cette orientation est particulièrement soulignée dans Evangelii gaudium et surtout avec Laudato si’ ou il propose la première analyse systématique de la crise de l’environnement.
C’est donc un labeur et un patrimoine unique sur lequel nous devons nous pencher et revisiter, qui nous est proposé dans le premier chapitre de la première encyclique du pape Léon XIV.
Frère Joseph de Almeida Monteiro, op
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