Au sujet du Sacré Cœur

Saint Dominique au pied de la croix, Musée des beaux arts à Bâle

La dernière encyclique du Pape François a porté sur le Sacré Cœur, signée à Rome le 24 octobre 2024. Le titre est le suivant : Lettre encyclique sur l’amour humain et divin du Cœur de Jésus-Christ. Passée peut-être un peu inaperçue, je reviens sur cette encyclique.

Le plan de l’encyclique comporte 5 chapitres :

Le chapitre I est plutôt anthropologique : l’importance du cœur ;

Le chapitre II : des gestes et des paroles d’amour ;

Le chapitre III : Voici le cœur qui a tant aimé (cf. Marguerite-Marie) ;

Le chapitre IV : L’amour qui donne à boire, en s’appuyant sur François de Sales, Claude de la Colombière, Charles de Foucauld, Thérèse de l’Enfant-Jésus ;

Le chapitre V, intitulé ´Amour pour Amour`, revisite le terme classique de la spiritualité : la réparation, mais en l’employant dans un sens renouvelé.

Sans vouloir résumer l’encyclique je vais passer en revue uniquement quelques aspects du chapitre I de l’Encyclique. En souhaitant aux lecteurs d’en faire la lecture intégrale.

Ce chapitre parle de l’importance du cœur, comme centre unificateur et pacificateur. L’Encyclique, fait référence au cœur, comme centre unificateur et pacificateur. Et au nº2 il fait référence à la situation contemporaine :

« On utilise le symbole du cœur pour parler de l’amour de Jésus-Christ. Certains se demandent si cela a encore un sens aujourd’hui. Or, lorsque nous sommes tentés de naviguer en surface, de vivre à la hâte sans savoir pourquoi, de nous transformer en consommateurs insatiables, asservis aux rouages d’un marché qui ne s’intéresse pas au sens de l’existence, nous devons redécouvrir l’importance du cœur ».

L’Encyclique poursuit sa réflexion en esquissant un parcours sur le sens du cœur dans le grec classique, chez Homère et Platon. Et la Bible dès le nº4 en revisitant des textes de l’Ancien Testament qui dévoilent le cœur comme le lieu de la sincérité ou de la ruse.

Puisqu’il faut revenir au cœur, le nº 9 rappelle le contexte ecclésial :

« Dans ce monde liquide, il est nécessaire de parler à nouveau du cœur, d’indiquer le lieu où toute personne, quelle que soit sa catégorie et sa condition fait sa synthèse, là où l’être concret trouve sa source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix. Mais nous évoluons dans des sociétés de consommateurs en série vivant au jour le jour, dominés par les rythmes et les bruits de la technologie, et qui n’ont pas une grande patience pour accomplir les processus que l’intériorité requiert ». Et le pape termine ce paragraphe par cette phrase : le cœur fait défaut.

Il est rappelé que la dévalorisation du centre intime de l’homme et donc du cœur vient de très loin : puisqu’on la trouve déjà dans le rationalisme grec et préchrétien, dans l’idéalisme postchrétien et dans le matérialisme. Les concepts tels que la raison, la volonté et la liberté ont été privilégiés par rapport au cœur (nº 10).

Le pape affirme donc en fonction de cette importance que « je suis mon cœur, car c’est lui qui me distingue, me façonne dans mon identité spirituelle et me met en communion avec les autres » (nº 14). El le pape y rappelle que les « algorithmes à l’œuvre dans le monde numérique montrent que nos pensées, et ce que décide notre volonté, sont beaucoup plus ‘standarts’ que nous le pensions. Elles sont facilement prévisibles et manipulables. Il n’en va pas de même pour le cœur ».

Au nº 16, tout en citant le penseur allemand Heidegger, le pape fait le lien avec le monde des émotions et le cœur et présente le cœur comme le « gardien de l’état de l’âme, car le ‘cœur’ entend de manière métaphorique ‘la voix silencieuse’ de l’être, se laissant modérer et déterminer par elle ».

Enfin le « cœur qui assemble les fragments » (nº 17) est aussi celui qui rend possible tout lien authentique. Et de dire : « L’anti-cœur est une société de plus en plus dominée par le narcissisme et l’autoréférence. Il cite à nouveau Heidegger, « pour recevoir le divin, nous devons bâtir une ‘maison d’hôtes’ ». Ce point le fait réfléchir sur la « valorisation de soi et l’ouverture à l’autre, entre la rencontre très personnelle avec soi-même et le don de soi à l’autre. Je ne deviens moi-même que lorsque j’acquiers la capacité de reconnaître l’autre, et que rencontre l’autre qui peut reconnaître et accepter mon identité » (nº 18). Nous achevons ici ce bref excursus sur l’encyclique.

Par frère Joseph de Almeida Monteiro, op

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