Origine et évolution du Carême
Frère Joseph de Almeida Monteiro, op
Il est bon de nous rappeler quelques points fondamentaux sur le temps que nous allons vivre, en préparant la grande fête de Pâques.
La quarantaine préparatoire à la fête de Pâques résulte d’une longue évolution de plusieurs siècles qui concerne à la fois la durée du temps de Carême, les pratiques ascétiques et liturgiques qui scandent ce temps et le sens global qui lui est donné.
La désignation liturgique utilisée pour la quarantaine préparatoire de Pâques varie selon les régions. Les langues romanes ont gardé le terme officiel de la liturgie latine « Quadragesima ». La dénomination « Mystère pascal » est souvent utilisée pour désigner le binôme « mort et résurrection du Christ », représentant deux évènements liés organiquement et assurant ensemble le salut opéré par le Christ. L’expression attire l’attention sur le fait que les effets salvifiques des deux évènements sont actualisés par les célébrations liturgiques.
Le terme « Triduum pascal » date des années 1930. Elle remplace l’expression « Triduum sacrum » employée par saint Ambroise, qui ajoute la précision « au cours duquel le Christ a souffert, a connu le repos (au tombeau) et est ressuscité ». Augustin de son côté, évoque le « Triduum très saint du Christ crucifié, enseveli et ressuscité ». Le Triduum pascal a connu une évolution au cours des siècles, si bien que l’Ordo de 1955 marque un retour à la pratique de l’église ancienne, selon laquelle le Triduum sacrum commence le jeudi soir par une messe en mémoire de la dernière Cène. Le vendredi saint, l’office de la passion et de la mort du Christ, est célébré l’après-midi, et non plus le matin, comme c’était le cas depuis le Moyen Âge. Le samedi saint est aliturgique pendant la journée : c’est au cours de la nuit qu’a lieu la veillée pascale qui inaugure la célébration de la Résurrection et le temps de la cinquantaine pascale.
L’usage le plus primitif consistait très probablement à se préparer à la fête annuelle de Pâques par un jeûne rigoureux, mais de courte durée : c’était ce que l’on nomme le jeûne antépascal. D’après différents documents, bon nombre d’Églises aux IIIe et au IVe siècles pratiquaient le jeûne le vendredi saint et le samedi saint, alors que d’autres églises le faisaient pendant toute la semaine qui précède Pâques, du lundi saint au samedi saint inclus. Progressivement, le nombre des jours de jeûne s’accrut. C’est ainsi que l’historien Socrate mentionne une période de pré-préparation de trois semaines à Rome.
Athanase d’Alexandrie est le premier à le signaler, dans un de ses ouvrages appelé Lettres Festales, l’existence d’une période de quarante jours préparatoires à Pâques. Pour Rome, c’est saint Jerôme qui fournit le premier témoignage pour la quarantaine préparatoire à Pâques. De son côté saint Ambroise atteste l’existence de celle-ci à Milan en 395.
Au Ve siècle Léon le Grand parle plusieurs fois du jeûne de quarante jours : c’est ainsi qu’il déclare : « Pour célébrer dignement les mystères de notre rédemption, il nous sera très salutaire de nous y préparer par un jeûne de quarante jours ». À son époque, le début du Carême était constitué par le 6e dimanche avant Pâques. En faisant le décompte des jours de jeûne à partir de là, on n’arrivait qu’à trente-six jours. On en vint, assez tardivement, à anticiper de quatre jours le début du Carême, si bien que finalement c’est le mercredi avant le 6e dimanche avant Pâques qui fut considéré comme le jour officiel de l’entrée en Carême : c’est le mercredi des cendres.
Plus tard a été encore introduit l’usage qui consiste à préparer le Carême lui-même par le temps de la Septuagésime, de la Sexagèsime et de la Quinquagésime. Selon un fameux liturgiste, Martimort, cette pratique d’origine monastique se répandit progressivement dans les diverses régions d’Occident, à partir du VIe siècle. Si la Quinquagésime est attestée à Rome vers 520, la Sexagésime est mentionnée par le concile d’Orléans (541) ; la Septuagésime l’est à Rome fin VIe, début VIIe siècle. L’ensemble de ces trois semaines d’anticipation finit par s’imposer au VIIIe siècle. À notre époque, le Carême commence officiellement avec le mercredi des cendres.
Et un extrait de la Préface de Carême le synthétise ainsi :
» Chaque année, tu accordes aux chrétiens
de se préparer aux fêtes pascales
dans la joie d’un cœur purifié,
de sorte qu’en se donnant davantage à la prière,
en témoignant plus d’amour pour le prochain,
fidèles aux sacrements qui les ont fait renaître,
ils soient comblés de la grâce
que tu réserves à tes fils.»
Extrait et inspiré librement de l’ouvrage de Raymond Winling, Le Carême et le mystère pascal. (sélectionné par le fr. Joseph de Almeida Monteiro, op).
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